Un Druide.

Médecine générale en terres bretonnes.

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EHPAD.

Coup de projecteur sur la problématique des maisons de retraite (EHPAD) au détour d’un fait divers ma foi choquant : une nonagénaire expulsée de son EHPAD pour des impayés depuis un an. L’information fait les grands titres, les politiques s’en mêlent (Michèle Delaunay, la ministre des personnes agées) et les gérants de l’EHPAD sont lapidés sur la place médiatique.

Loin de moi l’idée de cautionner un tel geste, mélange de brutalité, d’inélégance, d’illégalité (?) tout à fait révoltant en cette période hivernale au vu de l’âge de la dame. Mais certains points doivent être précisés.

Concernant l’affaire en question, il faut préciser que les impayés d’un an avaient donné lieu à un jugement du tribunal pour récupérer les sommes dues, en vain; le fils, gynécologue en clinique, avait même entrepris des démarches avec un avocat pour faire retarder l’exécution de la sanction.

Le fils en question, qui gère les affaires de sa mère, avait été prévenu à plusieurs reprises semble-t-il que devant cette situation il avait été décidé que Madame allait retourner auprès de sa famille. La suite de l’histoire est malheureuse.

On crie sur la maison de retraite, OK, mais cela ne choque personne que ces messieurs dames ne paient pas depuis un an? De quel droit? Les informations données laissent penser que et la résidente et ses enfants ont les moyens de payer mais ne veulent pas le faire: scandaleux! Pourquoi les autres résidents devraient s’acquitter du loyer, peut-être avec difficulté, alors qu’eux préfèrent passer par des avocats pour ne pas payer?

L’article 205 du code civil est clair sur l’obligation envers ses parents. C’est lamentable de ne pas subvenir aux besoins financiers de ses parents quand on le peut! Ayant travaillé auprès de patients Alzheimer pendant 6 mois, je peux dire avoir vu nombre de familles modestes, très concernées, se démener pour pouvoir payer chaque mois la résidence de leur proche.

J’attends que les journalistes abordent ce point là dans les jours prochains, pour mettre la lumière sur ces « vieux » délaissés par leurs enfants.

Autre détail qui m’embête dans cette histoire, c’est que les raisons de se plaindre des EHPAD sont nombreuses mais que là on se focalise sur un établissement qui ne cherche qu’à récupérer ses sous, ce qui est normal.

Parlons des prix qui sont parfois le triple de la pension des résidents! Parlons des enfants les plus pauvres obligés de vendre les biens de famille pour régler la note! Parlons des personnels soignants en nombre insuffisant et qui, malgré la meilleure volonté du monde, ne peuvent qu’être maltraitants par manque de temps! (Comment faire la toilette d’une personne âgée en 5 minutes ? Soit on la brusque, soit on fait mal la toilette)

Comment les autorités tolèrent-elles un encadrement soignant aussi faible au vu des millions brassés par les grands groupes qui se partagent le pactole des EHPAD?

Commençons par 1) faire un point sur les tarifs 2) faire un point sur l’encadrement… et on n’aura déjà fait beaucoup pour nos anciens.

Jeune couple.

Ils ne se sentent plus seuls, ils se sont trouvés. Deux personnes au lourd passé, à la vie déjà longue, souffrant de la solitude et de l’incompréhension du monde environnant.

Leurs débuts furent hésitants, des regards anxieux, des sourires un peu vagues, de rares mots maladroits.

Progressivement ils passèrent de plus en plus de temps l’un près de l’autre, l’un contre l’autre, en silence. Ces deux âmes, pour qui les mots étaient devenus superflus, trouvaient calme et sérénité à être ensemble.

Le cadre de cette idylle naissante n’était pourtant pas des plus romantiques : des murs froids, du mobilier neutre, et une intimité limitée par la présence constante de plusieurs personnes à proximité; ces témoins malgré eux,  certains amusés, certains attendris ou encore d’autres gênés par cette situation inattendue, j’en fais parti.

Nous sommes dans une structure spécialisée dans la prise en charge du grand âge et de ses pathologies, en particulier les troubles de la mémoire.

Elle est veuve, a trois enfants aimants et vit depuis de nombreuses années avec sa maladie d’Alzheimer qui chaque jour lui retire une nouvelle partie de ce qu’elle est.

Lui n’a pas d’enfant, a une femme qui pour lui n’existe plus et cumule de multiples étiologies à sa démence : démence vasculaire, ischémie frontale, intervention neurochirurgicale…

Ils ont 80 ans, mais les années passées, aussi riches et belles furent elles, n’ont laissé que peu de traces. Elle voit ses frères et soeurs quand elle regarde ses enfants. Il n’a plus le souvenir des 60 ans de mariage passés avec sa femme, ou si peu.

Avant d’assister à cette histoire naissante je ne m’étais jamais posé de questions sur la problématique de la relation amoureuse des personnes âgées en institutions, d’autant plus si celles-ci souffrent d’une pathologie neurodégénérative.

Il a d’abord fallu abattre des tabous que je ne pensais avoir, à savoir l’amour et la sexualité dans le grand âge. Regarder avec tendresse deux octogénaires en couple ne va pas de soi, même si on pense être très ouvert et compréhensif de nature. Ici il n’est question que de rapports platoniques mais par extension on est amenés à se questionner sur des relations plus charnelles.

En tant que soignant, la vision objective et non impliquée émotionnellement permet de se réjouir du bienfait de cette relation; en effet les troubles du comportement présentés par les deux amoureux ont régressé de façon notable avec une baisse progressive des posologies des traitements par neuroleptiques et anxiolytiques. Je conçois désormais mieux que démence puisse rimer avec romance, pour d’aimants déments; et malgré les difficultés et les réticences cela peut être une aide dans la prise en charge du malade.

En tant que proche, en revanche, la situation est bien différente. On a eu beaucoup de chance d’avoir face à nous des gens compréhensifs et bien au fait de la maladie de leur parent mais malgré la tolérance de cette union celle-ci fut source de souffrance.

L’épouse du monsieur a beaucoup souffert de perdre ainsi son mari, même si depuis quelques mois la situation était déjà critique avec des troubles mnésiques majeurs et une entrée en maison de retraite. La séparation avait été une déchirure, une séparation qui n’en est pas vraiment une, un éloignement forcé sont autant de deuils successifs difficiles à conclure. Car comme me l’a dit un collègue un jour « l’institutionnalisation est un divorce qui ne dit pas son nom ».

Les enfants de madame ont plus facilement accepté les faits, trouvant même le monsieur sympathique avec une ressemblance avec leur père décédé; ils ont surtout été soulagés de voir leur mère apaisée pour la première fois depuis longtemps.

Bientôt malheureusement l’un des deux partira de l’unité, rompant ce lien salvateur qui les unit, et nous commençons tous, soignants et parents, à appréhender cette rupture subie qui risque fort d’engendrer confusion, agitation voire dépression.

A nous tous à ce moment d’être présents, pour les patients et leurs proches, en sachant toutefois qu’aucune thérapeutique ne pourra remplacer la quiétude et les émotions apportées par cette relation, pleine d’affection.

Pour compléter ce texte et avoir quelques informations je vous propose de venir par ici et par là.

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