Un Druide.

Médecine générale en terres bretonnes.

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Pilule.

Ca y est, c’est reparti. Les médecins, ces salauds, ont encore empoisonné la population. Et grâce aux journalistes toujours sur le front de l’information on apprend aujourd’hui que les pilules de 3ème et 4ème génération présentent des risques pour la santé. Merci à eux.

Cette histoire de pilule est semblable à toutes les pseudo révélations grand public qui font les choux gras de la presse et permettent aux autorités de se brosser.

D’abord une poignée de scientifiques, puis des « relayeurs » d’information médecins ou autres parlent d’un problème posé par un traitement ou une pratique (Médiator, nouveaux antidiabétiques, vaccinations, dépistage de cancers, pilule…); des informations circulent dans des blogs, sont publiées dans des revues comme Prescrire etc.

Ensuite levée de boucliers des spécialistes et experts de tout poil, voire des firmes pharmaceutiques elles même, pour défendre la molécule ou la pratique remise en cause. Il n’y a qu’à relire les écrits des partisans du dépistage du cancer de la prostate, ou les recommandations sur la prise en charge du diabète de type 2 abrogées depuis. Les « lanceurs d’alerte » sont traînés dans la boue, méprisés, marginalisés et très peu audibles de la population faute de relais d’information.

Pendant ce temps les autorités (HAS ANSM Ministère…) jettent un oeil distrait sur le sujet, en évitant de froisser les puissants lobbies politiques ou financiers, et laissent faire.

Arrive un fait divers, un procès, un effet indésirable grave ou autre, amenant avec lui des caméras, des journalistes, qui découvrent 5, 10 ou 15 ans après un problème longtemps connu mais relayé ni par les autorités ni par eux même. Commencent alors les reportages, articles dans les journaux, interviews. On donne (enfin) la parole à ceux qui depuis des années exprimaient des réserves ou des craintes sur des traitements.

Mais là où ça me met hors de moi, c’est de voir tout à coup des hordes de commentateurs taper sur une profession dans son ensemble, en lapidant ces irresponsables médecins (souvent généralistes tant qu’à faire) alors que pendant des années rien n’a été fait pour éviter ces problèmes.

La ministre actuelle et ses prédécesseurs, sur le sujet de la pilule en particulier, ont tout fait pour la diffuser à grande échelle, en favorisant sa délivrance, en la banalisant ainsi.

Les journalistes qui aujourd’hui se font du médecin doivent être les même qui hier regrettaient la fin du remboursement prochain des pilules de 3ème génération.

Et les patients ne sont pas non plus exempts de responsabilité. Si on fouette les médecins sur la place publique (ce qui est mérité parfois), je pense qu’il faut avoir le courage de temps en temps de dire aux patients que leur double discours est parfois déstabilisant pour ne pas dire malhonnête.

Les patients arrivent parfois avec des idées bien arrêtées, des demandes très fortes. Tout le monde est d’accord que les antibiotiques c’est pas automatique, sauf que « oui mais MOI docteur, y’a que ça qui me soigne ma bronchite ». Je n’ai pas connu la période pré Médiator, mais j’imagine bien que certains patients suppliaient leur médecin pour avoir le médicament qui fait maigrir. Pour la pilule c’est pareil. Les demandes pour telle ou telle pilule contre l’acné ou autre sont fréquentes (enfin l’étaient) et malgré l’information donnée il est parfois difficile de convaincre.

Toujours est-il que nous sommes sauvés, M. Maraninchi le DG de l’ANSM a décidé de réserver la prescription des 3G et 4G à certains spécialistes… A qui? Aux gynécos? Aux dermatos? Mais ce sont déjà eux qui en sont les grands prescripteurs. Quelle blague, quelle supercherie!

Je me rappelle avoir entendu des gynécos, à l’hôpital, dire « tiens minidril, la pilule des généralistes » concernant la contraception d’une patiente, donc il vont avoir LEURS pilules 3G et 4G à eux, ils doivent être satisfaits.

En tout cas cette histoire aura une implication bénéfique pour nos consultations futures: il sera inutile de débattre des heures pour refuser une Diane ou une Jasmine, le battage médiatique va tellement effrayer les patientes… (avec le risque, a l’inverse, de voir des patientes craindre toute pilule a l’avenir ou arrêter des pilules en cours)

Allez, maintenant il n’y a plus qu’à attendre le prochain AVC sous pseudoéphédrine contenu dans un médicament pour le rhume pour avoir de nouvelles envolées journalistiques.

Pour terminer ce billet d’humeur qui ne présente aucune référence et ne ressemble en rien à un texte médical, je vous invite à lire les billets des excellents @docdu16 ou D. Dupagne sur leurs blogs respectifs. Depuis bien longtemps ils parlent du risque des pilules de 3ème et 4ème génération.

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