Un Druide.

Médecine générale en terres bretonnes.

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Jeune couple.

Ils ne se sentent plus seuls, ils se sont trouvés. Deux personnes au lourd passé, à la vie déjà longue, souffrant de la solitude et de l’incompréhension du monde environnant.

Leurs débuts furent hésitants, des regards anxieux, des sourires un peu vagues, de rares mots maladroits.

Progressivement ils passèrent de plus en plus de temps l’un près de l’autre, l’un contre l’autre, en silence. Ces deux âmes, pour qui les mots étaient devenus superflus, trouvaient calme et sérénité à être ensemble.

Le cadre de cette idylle naissante n’était pourtant pas des plus romantiques : des murs froids, du mobilier neutre, et une intimité limitée par la présence constante de plusieurs personnes à proximité; ces témoins malgré eux,  certains amusés, certains attendris ou encore d’autres gênés par cette situation inattendue, j’en fais parti.

Nous sommes dans une structure spécialisée dans la prise en charge du grand âge et de ses pathologies, en particulier les troubles de la mémoire.

Elle est veuve, a trois enfants aimants et vit depuis de nombreuses années avec sa maladie d’Alzheimer qui chaque jour lui retire une nouvelle partie de ce qu’elle est.

Lui n’a pas d’enfant, a une femme qui pour lui n’existe plus et cumule de multiples étiologies à sa démence : démence vasculaire, ischémie frontale, intervention neurochirurgicale…

Ils ont 80 ans, mais les années passées, aussi riches et belles furent elles, n’ont laissé que peu de traces. Elle voit ses frères et soeurs quand elle regarde ses enfants. Il n’a plus le souvenir des 60 ans de mariage passés avec sa femme, ou si peu.

Avant d’assister à cette histoire naissante je ne m’étais jamais posé de questions sur la problématique de la relation amoureuse des personnes âgées en institutions, d’autant plus si celles-ci souffrent d’une pathologie neurodégénérative.

Il a d’abord fallu abattre des tabous que je ne pensais avoir, à savoir l’amour et la sexualité dans le grand âge. Regarder avec tendresse deux octogénaires en couple ne va pas de soi, même si on pense être très ouvert et compréhensif de nature. Ici il n’est question que de rapports platoniques mais par extension on est amenés à se questionner sur des relations plus charnelles.

En tant que soignant, la vision objective et non impliquée émotionnellement permet de se réjouir du bienfait de cette relation; en effet les troubles du comportement présentés par les deux amoureux ont régressé de façon notable avec une baisse progressive des posologies des traitements par neuroleptiques et anxiolytiques. Je conçois désormais mieux que démence puisse rimer avec romance, pour d’aimants déments; et malgré les difficultés et les réticences cela peut être une aide dans la prise en charge du malade.

En tant que proche, en revanche, la situation est bien différente. On a eu beaucoup de chance d’avoir face à nous des gens compréhensifs et bien au fait de la maladie de leur parent mais malgré la tolérance de cette union celle-ci fut source de souffrance.

L’épouse du monsieur a beaucoup souffert de perdre ainsi son mari, même si depuis quelques mois la situation était déjà critique avec des troubles mnésiques majeurs et une entrée en maison de retraite. La séparation avait été une déchirure, une séparation qui n’en est pas vraiment une, un éloignement forcé sont autant de deuils successifs difficiles à conclure. Car comme me l’a dit un collègue un jour « l’institutionnalisation est un divorce qui ne dit pas son nom ».

Les enfants de madame ont plus facilement accepté les faits, trouvant même le monsieur sympathique avec une ressemblance avec leur père décédé; ils ont surtout été soulagés de voir leur mère apaisée pour la première fois depuis longtemps.

Bientôt malheureusement l’un des deux partira de l’unité, rompant ce lien salvateur qui les unit, et nous commençons tous, soignants et parents, à appréhender cette rupture subie qui risque fort d’engendrer confusion, agitation voire dépression.

A nous tous à ce moment d’être présents, pour les patients et leurs proches, en sachant toutefois qu’aucune thérapeutique ne pourra remplacer la quiétude et les émotions apportées par cette relation, pleine d’affection.

Pour compléter ce texte et avoir quelques informations je vous propose de venir par ici et par là.

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