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Médecine générale en terres bretonnes.

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Souvenirs de PCEM1. Nuit à la santé?

Coup d’oeil dans le rétro, sur ces dix années passées en médecine. Malgré cette décennie riche sur le plan professionnel et personnel avec de nombreux évènements marquants, le temps ne peut effacer le douloureux souvenir qu’ont été pour moi mes deux années de PCEM1 (première année de médecine).

L’éloignement géographique de la faculté la plus proche m’a contraint comme beaucoup à quitter le cocon familial pour gagner un studio minuscule « à la ville ». Ce déracinement, loin de sa famille et de ses amis est une première épreuve à supporter. Partir de chez soi pour faire un voyage ou s’éclater entre amis est une perspective grisante, mais s’engager dans une galère pareille sans soutien à proximité immédiate, cela devient beaucoup moins excitant.

Bon la fac, on y est préparé, on le sait que la sélection est drastique et que la quantité de travail à fournir est énorme. Malgré cela je me rappelle encore quel choc cela a pu être de me retrouver noyé dans cet amphithéâtre où se massaient des bancs d’étudiants se regardant en chien de faïence. Et en guise de cadeau de bienvenue  le premier cours d’anatomie sur les muscles et nerfs du cou, sans support pédagogique, nous a mis dans le bain (génio-hyoidien? mais c’est quoi ce truc? c’est où? ça s’écrit comment?) 

Les jours et les semaines suivants, au hasard de cours de Sciences humaines, je n’ai pu m’empêcher de relever une triste ironie sur la situation qui était la nôtre à ce moment-là. En effet on apprend dans ces cours les différentes définitions de la Santé et en particulier celle de l’OMS bien ancrée en sous-cortical dans le cerveau de tous les étudiants en médecine: « état de complet bien être physique, mental et social ». Je n’ai jamais cessé d’y repenser par la suite, pendant les périodes de fatigue ou de spleen et je pense pouvoir dire que ces deux années ont été une période néfaste à ma santé, dans les trois champs de sa définition.

« Bien être physique »: le stress, le rythme de travail et l’isolement ne sont pas les meilleurs alliés pour une hygiène de vie irréprochable. Pour ma part tabac et caféine m’ont souvent accompagné pendant mes longues journées de labeur. Mon alimentation ne s’approchait que rarement des taux de glucides lipides et protéines appris en physiologie, le plat de base étant les pâtes avec toutes ses déclinaisons estudiantines et les fruits et légumes étaient plutôt rares. Plus globalement le suivi somatique était pour beaucoup insuffisant ou inexistant (c’était et c’est toujours le cas bien sûr dans toutes les filières, pas seulement en médecine) pour des raisons financières ou à cause de l’absence de médecin traitant.

« Bien être mental »: de ce côté là ce n’était pas mieux! Stress, angoisse, troubles du sommeil avec même parfois des épisodes d’humeur dépressive ont rythmés ces deux années. La peur de l’échec était terrible, nourrie par un désir ancien et viscéral de devenir médecin, mais aussi par la pression de l’entourage. Pas une pression explicite  mais une attente énorme, un espoir de voir son enfant réussir des études supérieures et devenir « Docteur », statut encore très respecté dans les campagnes d’où je viens. Et bien sûr l’isolement est dans ce cas un bon catalyseur pour se morfondre et entretenir sa mélancolie.

« Bien être social »: Le manque de relations humaines fut particulièrement éprouvant les premières semaines, quand fraichement débarqué je me suis retrouvé en tête à tête avec mon poste de radio de nombreuses soirées. On pense alors à ce qui se passe chez soi, on imagine sa place vide à table, la famille qui se réorganise sans soi. Idem pour les amis qui bien entendu continuent de se voir, de faire des soirées auxquelles on ne peut participer que rarement. Heureusement au fil du temps des relations se mirent en place avec des compagnons de galère pour mieux affronter ce foutu concours.

L’histoire s’est quand même bien terminée avec l’obtention du concours, à la deuxième tentative, mais je ne suis pas sorti indemne de ce parcours qui a changé une partie de moi.

J’ai depuis discuté avec de nombreux collègues et comparé nos expériences et certains n’en gardent pas un si mauvais souvenir…

Pour conclure ce billet et l’illustrer en vers je vais vous livrer un poème qui constitue à lui seul l’intégral de ma carrière de poète (oui le seul, c’est ça) que j’avais écrit trois mois après le début de l’année universitaire (soyez indulgents, c’est pas mon métier!)

Terre de bord de mer où il faut que je reste,

Loin de ceux qui m’entourent et de celle que j’aime,

Loin de ma jeune vie que je pleure en poème,

Tu m’emprisonnes, vile femme appelée Brest.

Le matin Dame Brume de son corps me baigne.

Je ne sais ce qui glisse le long de mes joues,

Sa pellicule humide qui rend ma vue floue

Ou cette haine amère qui par mes larmes saigne.

Mon âme n’est faite que d’essentiels désirs,

Ceux d’exister, de vivre, d’aimer et de rire

Mais ces désirs s’effacent devant la raison.

Malgré tout c’est toi qui traces mon avenir,

Avenir tant souhaité qui m’empêche de fuir

Et me fait abimer mes plus belles saisons.

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