Un Druide.

Médecine générale en terres bretonnes.

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Tout le monde. Tout le temps. Tout de suite.

Est-il possible pour un médecin généraliste d’être disponible tout le temps, tout de suite, pour tout le monde?

Cette interrogation m’est venue récemment en échangeant avec @fraslin sur Twitter sur l’accès des patients à un médecin généraliste dans les zones où la démographie médicale évolue de façon défavorable ; la discussion portait sur la nécessité de faire beaucoup de consultations pour répondre à la demande, sur les limites de la disponibilité…

Cette question en comporte réellement trois, et chacune des réponses influe sur les autres :

  Peut-on être disponible pour tous les patients?

Vaut-il mieux limiter sa patientèle et être disponible ou dire oui à tout le monde et ne plus pourvoir offrir de temps médical à tous ses patients? A titre personnel je pense qu’il est préférable de garder un nombre de patients « maîtrisé ».

Dans la région où je remplace je vois une part importante de cabinets où les médecins ne prennent plus de nouveaux patients. C’est une chose qui me semblait étonnante quand j’ai commencé car dans ma jeunesse je ne pense pas en avoir entendu parlé; en effet, dans mon village et les communes alentours, avoir un médecin traitant est simple : on choisit un médecin, il nous reçoit et voilà.

Certains patients sont surpris quand on leur dit que DrUntel ne prend pas de nouveaux patients, pensant même que ce n’est pas déontologique voire illégal : et bien non! En dehors des situations d’urgence absolue il n’est pas obligatoire pour un médecin de recevoir en consultation un patient, encore moins d’accepter d’être son médecin traitant. « Mais alors comment font les patients dans ces cas là » me direz-vous? « On les laisse sans médecin? »

Il est difficile pour des médecins de dire non à des patients, la conscience professionnelle, l’envie de rendre service ou tout simplement le sentiment que cela ne se fait pas prend parfois le dessus sur les « capacités d’accueil » du médecin.

Mais au nom de quoi devrions-nous accepter un nombre toujours croissant de patients si on pense ne pas avoir les moyens de les prendre en charge correctement? Est-ce la faute des médecins en place si les départs en retraite ne sont pas remplacés?

Nous, médecins, ne sommes pas responsables des départs non remplacés, de la demande toujours croissante etc. Il est à parier que les pouvoirs publics à l’époque de la diminution drastique du numérus clausus s’étaient dit  » ces cons de généralistes, si ils sont moins nombreux, et bien ils en verront chacun plus, ils ne vont pas dire non aux patients! »… Et bien si. Il y a un moment, il faut savoir dire non, pour les patients, et aussi pour soit. Car dire oui à tout le monde entraine obligatoirement soit une durée de consultation qui diminue, soit des journées qui s’allongent…

Peut-on être disponible tout le temps?

Pour beaucoup de patients un bon médecin est un médecin qui est toujours au travail, au cabinet ou en visite; il commence tôt le matin et finit tard le soir. Du lundi matin au samedi midi. Et il prend pas trop de vacances, car lui seul connait ses patients, c’est pas comme le remplaçant…

Pourtant pour faire de la bonne médecine, un médecin ne peut pas être disponible tout le temps. D’abord pour son bien être. Et oui, il n’y a pas (plus) de raisons qu’un médecin accepte de faire des heures que la majorité de ses patients ne feraient pas. Et les arguments « trop payés, Hippocrate » et compagnie n’ont rien à voir. Bien gagner sa vie et avoir prononcé le serment d’Hippocrate n’oblige en rien à être corvéable à merci. Et si les patients sont nostalgiques du temps où le médecin de famille était disponible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, il ne faut pas oublier que la semaine de travail légale était de 40 heures, que les RTT n’existaient pas… Sont-ils nostalgiques de cela aussi? Le médecin a le droit d’avoir une vie à côté de son métier, aussi passionné et investi soit-il… et pas seulement les femmes comme on l’entend souvent dans les arguments avancés pour dénoncer le manque d’envie des nouvelles générations! Je veux, étant médecin, homme, et père, pouvoir profiter de ma femme et de mes enfants, et faire autre chose de ma vie que travailler, aspiration qui semble si naturelle aux patients mais qui paraît être une faute quand on est médecin.

Ensuite pour la formation. Et oui, la médecine progresse vite (ou du moins change vite, que ce soit un progrès ou non) et un médecin qui termine sa formation a déjà beaucoup de connaissances obsolètes. L’anatomie de l’abdomen reste l’anatomie de l’abdomen, bien sûr, mais les prises en charge de maladies évoluent sans cesse et ce qu’on a appris en 5 ème année peut déjà être dépassé à la fin de l’internat. Alors imaginez pour un médecin qui a 10, 20 ou 30 ans de métier! La formation continue est primordiale (et obligatoire, d’ailleurs). Pour les connaissances pures, évidemment, mais aussi pour garder un esprit curieux et une stimulation nécessaire pour rester « dans le coup ».

Et il y a tout le temps de travail « hors soin » qui prend beaucoup de temps au médecin. Cela fait partie du travail, c’est comme ça, mais évidemment pendant ce temps là le médecin ne peut accueillir de patients : courriers à lire, bilans sanguins à analyser, coup de fils à passer, hospitalisations à programmer, spécialistes à contacter, papiers divers et variés à remplir… Selon les médecin ce temps-là est pris sur le temps de consultation, ou sur le jour de repos hebdomadaire voire même le week-end.

Donc non, un médecin ne peut pas être disponible tout le temps, du moins pas pour moi (et je ne parle pas du temps où les gardes n’étaient pas régulées ni organisées)

Peut-on être disponible tout de suite?

Et bien cette question est directement dépendante de la réponse aux 2 précédentes. Car la possibilité de répondre à une « urgence », que ce soit dans l’heure, la demi journée ou dans la journée selon le degré d’urgence (on parle ici d’urgence en médecine générale, pas de médecine d’urgence) est liée à l’organisation de la journée et à la patientèle du médecin. En effet si le planning est déjà rempli en raison d’une pression de la patientèle, la réponse à l’urgence est soit de rajouter indéfiniment des patients, ce qui allonge la journée indéfiniment et est contraire au « disponible tout le temps? », soit de refuser de voir la dite urgence, ce qui est pour moi une faillite. Ne pas pouvoir assurer une suture, une visite à domicile urgente ou voir un enfant qui a 40°C et qui inquiète ses parents, je ne le conçois pas. Je précise que ce n’est pas un jugement sur la pratique des autres médecins mais d’un avis personnel. Dans les cabinets ou je remplace, le planning est parfois plein 3 jours à l’avance sans créneau d’urgence! Donc pour assurer les urgences il faut ne pas manger, ou finir à 21 heures, ou renvoyer les demandes urgentes sur d’autres cabinets pour certains. Quel confort de travailler dans des cabinets où il y a 2 ou 3 créneaux d’urgence par demi journée, ce qui permet plus de souplesse.

Au final je dirais que d’un point de vue personnel, un médecin ne peut pas être disponible pour tout le monde, tout le temps, mais qu’il est important qu’un médecin généraliste reste disponible « tout de suite » ou « rapidement » en cas de besoin. Et pour cela, il me semble que refuser de prendre en charge un nombre illimité de patient est indispensable. Donc oui, quand je serais installé, moi aussi je refuserai des patients quand ma patientèle sera importante, pour pouvoir ne pas être tout le temps au cabinet, et pour pouvoir répondre au mieux aux besoins des patients.

Et un de plus, un!

Premiers pas de blogueur… Moi qui était certain de ne jamais vouloir m’adonner à cette activité je vais devoir une nouvelle fois ravaler mes certitudes et mes a priori et me lancer dans le monde merveilleux de la blogosphère!

Alors  comment en suis-je arrivé là? Petit historique. Lors de ma formation de médecin, au hasard de recherches sur le net, je suis tombé comme beaucoup sur le blog d’une célèbre généraliste à couettes (Jaddo pour ceux qui n’auraient pas suivi) où j’ai découvert de l’humour, de l’émotion et surtout un partage d’expériences professionnelles et personnelles. Ce point est très important car il ouvre la porte des cabinets médicaux, sanctuaires d’ordinaire inviolables, et permet à chacun de confronter ses histoires et ses difficultés à celles de collègues se trouvant dans le village d’à coté ou à l’autre bout de la France. Et là le piège se referme!

Le piège, ce sont les références et liens de « blogs amis » qui nous amènent à passer d’un blog à un autre, avec à chaque fois de belles découvertes et de nouveau de nouveaux liens… Et sans même s’en rendre compte on se met à suivre fidèlement une dizaine de blogs. Et comme sur un marché on se promène d’étals en étals avec des productions aux saveurs et aux caractères variés, avec pour point commun le monde de la santé et ses différents corps de métiers, ses différents modes d’exercice.

Bien sûr on retrouve des histoires de patients en médecine générale, en cabinet ou en visite, chez les plus célèbres représentants de la blogosphère médicale que sont Jaddo et Borée.

J’ai pu également découvrir d’autres professions, d’autres regards en suivant des kinés comme Bibiche et LeyaMK,  des sages femmes comme SophieSF

On retrouve aussi de talentueux dessinateurs (en l’occurrence des dessinatrices) qui illustrent avec humour leur vécu et leurs opinions, avec Sous La Blouse et Docteur Couine en particulier.

Mais les blogs qui me décontenancent le plus sont ceux où l’on trouve des histoires de vies personnelles fortes, parfois heureuses comme un mariage, une naissance, parfois tristes comme un deuil. On suit ces hommes et ces femmes dans la gestion du quotidien, jonglant entre formation et enfants, vie de couple et remplacements, installation et loisirs. Et ces personnes, que je n’ai jamais rencontrées, je me suis mis  à rire avec elles, à pleurer avec elles, et à ressentir le besoin de les lire régulièrement, en attendant l’épilogue d’histoires se déroulant sur plusieurs billets. Au risque d’en oublier je peux citer les blogs de Docteurmilie Fluorette Docmaman Farfadoc Docbulle et bien d’autres dont un qui est tout jeune et mon dernier coup de coeur, le blog de Granadille.

Là un deuxième piège est apparu. Pendant la lecture des billets des blogueurs cités plus haut j’ai découvert un réseau social dont j’avais bien sur entendu parler mais sans m’y intéresser : Twitter.  J’ai pu les y suivre au quotidien, réagir et converser. Mais les fameux 140 caractères, suffisants habituellement, deviennent vite frustrants quand il s’agit d’émettre une pensée profonde sur un sujet donné.

On y est. Un blog. Voilà le lieu qui permet une liberté d’écriture, sans limitation de texte. Alors bien sur il est de bon ton, en débutant, de se flageller en rappelant le grand nombre de blogs existants écrits par des gens beaucoup plus talentueux que soi, de se demander ce qu’on va apporter de plus… Oui mais non! On n’a pas à comparer, chacun étant libre d’écrire, et les visiteurs de lire ou de ne pas lire. A bon entendeur!

Voici donc le blog d’un jeune médecin généraliste en fin de formation. Mon blog. Bienvenue.

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