Un Druide.

Médecine générale en terres bretonnes.

C’est vous qui voyez.

Convaincre.

Informer d’abord, bien sûr, mais pour convaincre, ensuite.

On apprend par mimétisme en observants nos aînés, au gré des différents stages, à convaincre le patient d’accepter « ce qui est bon pour lui ».

Mais attention, malheureux, ici point de paternalisme! Le gros mot!

On n’impose plus au patient des examens ou des thérapeutiques, non non, c’est du passé c’était au siècle dernier, au millénaire précédent même!

Paternalisme. L’épouvantail. Le mot cité en contre exemple, qu’il est de bon ton d’abhorrer, mais qui en pratique se croise tous les jours dans les services hospitaliers ou cabinets libéraux de nos villes et nos campagnes.

Les grandes idées, les grands principes édictés nos premières années en cours d’éthique, entre autre, à grands coups d’article 36 du code de Déontologie ou de « Loi du 4 mars 2002 » , sont malmenés par la suite par la réalité du terrain.

J’ai agi ainsi, comme beaucoup, en tant qu’externe puis interne, en informant du mieux possible le patient sur ce qu’on allait lui faire, mais avec deux lacunes importantes dans la manière de faire : différentes alternatives pas souvent (ou pas assez) exposées, et consentement bien souvent considéré comme allant de soi, le patient n’osant pas souvent remettre en cause ni même demander des explications sur des décisions médicales.

De façon stéréotypée ça donne des phrases du genre « Bon, madame Coronaire, vos symptômes et vos examens montre que des artères de votre cœur sont peut-être bouchées, on va vous faire une coronarographie demain » Et la dame on lui a demandé son avis?
« Bon, madame, c’est le moment de faire votre mammographie » Fichtre, si elle y va pas la dame, on la dénonce?

Cette attitude des soignants peut trouver sa source dans une envie de bien faire, d’apporter au patient tout ce qu’il est possible d’apporter; ça peut être aussi par « flemme », manque de temps, ou manque de volonté de prendre le temps nécessaire à donner des explications; enfin la raison est parfois la volonté du médecin de faire ce qu’il veut, faire la procédure ou prescrire le traitement de son choix, et ne pas être désavoué par un patient qui refuserait ses recommandations.

Moi, dans tout ça, j’ai beaucoup évolué sur mon attitude vis a vis du patient, des soins que je peux lui proposer et ce qu’il accepte finalement.

Au début de mon internat je supportais mal qu’on puisse refuser ce que je proposais, mélange de blessure narcissique, de sentiment d’échec, mais aussi de sentiment de manque d’autorité médicale, moi le médecin qui est celui qui sait, qui doit décider.

Progressivement j’ai changé de point de vue, au gré de rencontres, de situations cliniques particulières, et je laisse aujourd’hui le patient décider ce qu’il veut, en l’informant du mieux possible, et en respectant son choix. Ce n’est pas toujours facile, il fait souvent mettre son ego de docteur de côté, avaler ses fiches de recommandations, et suivre le patient dans son choix. Et même si aujourd’hui je suis au clair la dessus, que souvent le patient est agréablement surpris de m’entendre dire « c’est vous qui voyez » et que ça permet des discussions très intéressantes, il y a des fois où c’est plus difficile que d’autres.

Le plus difficile est de se demander si le patient en face de soi a bien tout compris, a pris sa décision en étant bien conscient des conséquences de son choix. Car si le paternalisme n’est pas une solution, est-il toujours bon de laisser toutes les clés au patient?

Bien sur la réponse est entre les deux, le tout est de trouver où mettre le curseur pour être au clair avec soi même et le mieux traitant possible avec ses patients. Pas toujours évident, mais le réglage s’affine de jour en jour.

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11 réflexions sur “C’est vous qui voyez.

  1. Le , Docarnica a dit:

    J’ai perdu une patiente au début de mon installation qui avait eu un cancer du sein , et à laquelle j’ai expliqué que fumer 2 paquets / jour allait lui donner le cancer du poumon. Elle n’est plus revenue pendant 10 ans. 10 ans pendant lesquels elle n’a eu aucun suivi pour son cancer du sein ni sa bronchite chronique.
    J’ai eu une chance immense c’est de la voir revenir à mon cabinet récemment . J’ai beaucoup appris de cet échec et je lui en ai parlé. Cet échange a été l’un des plus important de ma carrière quant à la prise de conscience de mon rôle de médecin et surtout de ses limites .
    C’est vous qui voyez!

  2. Pingback: Le paternalisme en médecine, à éviter ? | toubib92

  3. Bonjour.

    Cher confrère, merci pour ce billet que j’apprécie car il correspond tellement bien à mon expérience, mon vécu, mes aspirations
    …stimulé par ce post je me suis permis de rajouter; humblement, une réflexion

    http://toubib92.wordpress.com/2013/01/14/le-paternalisme-en-medecine-a-eviter/

    Bravo pour votre blog, et la qualité de vos publications.

  4. Le , Lazuli66 a dit:

    Ça doit pas être simple non plus de cerner les capacités de compréhension de chaque patient pour adapter son discours en fonction.

  5. Le fameux consentement libre et éclairé du patient. Quelque part, c’est une belle utopie, non ? Je pense aux pathologies parfois assez complexes (qui heureusement ne se croisent pas à chaque coin de rue … quoique …). Parfois, pour s’assurer que le patient comprenne ce de quoi il souffre, ça n’est pas toujours évident. Alors quand il s’agit de lui exposer les différentes possibilités de traitement … effectivement, comment s’assurer qu’il choisisse en connaissance de cause (ou plutôt, de conséquences …) ?
    Merci pour ce post très intéressant.

  6. UnDruide il nous reste deux solutions:
    1) Tu t’engages dans la Gendarmerie (si tu es encore dans la limite d’âge) et on travaille en équipe. Enfin… il faudra que tu attendes que je sois re-déclarée apte.

    2) Je quitte l’armée, je fais médecine… mais il faudra encore que tu attendes 10 ans que je termine. Puis nous pourrons travailler en équipe.

    C’est difficile parfois, quand on travaille avec des gens qui n’ont pas du tout la même visions des choses et des gens que nous. J’ai l’impression parfois d’aller à contre courant ou d’aller contre ma nature profonde. Que c’est dur de se renier parfois.

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